TRAVEL

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Le voyage

Bel astre voyageur, hôte qui nous arrives Des profondeurs du ciel et qu'on n'attendait pas, Où vas-tu ? Quel dessein pousse vers nous tes pas ? Toi qui vogues au large en cette mer sans rives, Sur ta route, aussi loin que ton regard atteint, N'as-tu vu comme ici que douleurs et misères ? Dans ces mondes épars, dis ! avons-nous des frères ? T'ont-ils chargé pour nous de leur salut lointain ? Ah ! quand tu reviendras, peut-être de la terre L'homme aura disparu. Du fond de ce séjour Si son œil ne doit pas contempler ton retour, Si ce globe épuisé s'est éteint solitaire, Dans l'espace infini poursuivant ton chemin, Du moins jette au passage, astre errant et rapide, Un regard de pitié sur le théâtre vide De tant de maux soufferts et du labeur humain. Auteur anonyme...

EVASION

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L'évasion

Durant les longs étés, quand la terre altérée Semble se soulever, blanchie et déchirée, Pour chercher vainement un souffle de fraîcheur Qui soulage en passant son inquiète ardeur; Quand la moisson jaunie, éparse, échevelée, Se penche tristement sur sa tige brûlée, Qu’il est doux, sur ces champs tout à coup suspendu, De voir poindre et grandir le nuage attendu ! Qu’il est doux, sous les flots de sa tiède rosée De voir se ranimer la nature embrasée, Et de sentir la vie, arrêtée un moment, Rentrer dans chaque feuille avec frémissement ! Dans ces vallons étroits, profonds, et solitaires, Où plonge un jour douteux pesant, plein de mystères ; Où l’ombre des sapins couvre les champs pâlis, Loin de l’air et du ciel terrains ensevelis; Qu’il est doux, au milieu de la sombre journée, De voir éclore enfin une heure fortunée, De voir l’astre de feu, que le mont veut cacher, S’élevant glorieux, dominer le rocher ! Ouvrant sa gerbe d’or sur ce côté du monde, De ses jets lumineux il l’échauffé et l’inonde, Et l’aride vallon, semé de mille fleurs, Resplendira bientôt de divines couleurs! Ondine Valmore.

REALITY

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La réalité

Oui, femmes, quoi qu’on puisse dire, Vous avez le fatal pouvoir De nous jeter par un sourire Dans l’ivresse ou le désespoir. Oui, deux mots, le silence même, Un regard distrait ou moqueur, Peuvent donner à qui vous aime Un coup de poignard dans le coeur. Oui, votre orgueil doit être immense, Car, grâce à notre lâcheté, Rien n’égale votre puissance, Sinon votre fragilité. Mais toute puissance sur terre Meurt quand l’abus en est trop grand, Et qui sait souffrir et se taire S’éloigne de vous en pleurant. Quel que soit le mal qu’il endure, Son triste rôle est le plus beau. J’aime encore mieux notre torture Que votre métier de bourreau. Alfred de Musset.